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CHAMPIONNATS DU MONDE Braima Dabo : Un acte de solidarité et de fair-play célébré

Doha 2019

En quittant l’entraînement à Porto (Portugal) pour participer aux Championnats du monde d’athlétisme de Doha 2019, Braima Dabo, un athlète bissau-guinéen encore méconnu, n’aurait jamais imaginé qu’il ferait la une des médias du monde entier. Certes, il n’a remporté aucune médaille, mais c’est l’esprit de fair-play dont il a fait preuve lors de la première journée des Championnats du monde, dans les séries du 5000m masculin, qui a conquis le cœur du public.

dabo coCertains vous diront que c’était un coup du destin, mais peu de gens savent ce qui s’est réellement passé en coulisse. Tout commence quand le jeune de 26 ans arrive à l’hôtel de son équipe, l’Ezdan. Jonathan Busby d’Aruba, un athlète que Dabo ne connaissait pas, est au même moment en train de s’enregistrer auprès de l’accueil. Busby le salue et lui demande s’il est l’athlète de Guinée-Bissau. Et Dabo répond par l’affirmative. Puis, les deux hommes échangent un sourire. Ils viennent de se rendre compte qu’ils sont concurrents dans la même discipline.

Les deux athlètes se retrouvent dans la chambre d’appel avant leur série. La course commence. Soudain, dans le dernier tour, Dabo qui était devant Busby constate que ce dernier est sur le point de s’effondrer. Il décide alors de lui venir en aide pour lui permettre de franchir la ligne d’arrivée. Les deux hommes terminent la course ensemble malgré quatre minutes de retard sur les autres coureurs. Dans le stade international Khalifa et derrière leur poste de télévision, la plupart des gens, si ce n’est la totalité, sont restés bouche bée devant ce qui restera l’un des moments les plus mémorables de ces Mondiaux.

Qui est donc Braima Dabo ?

Il est originaire de Catió, une ville de Guinée-Bissau, un petit pays lusophone de 1,8 million d’habitants. Le père de Dabo, un inspecteur de l’éducation à la retraite, a deux épouses et 9 enfants, et tous vivent sous le même toit.

Seul athlète à représenter son pays aux Championnats du monde, Dabo n’était pas prédestiné à concourir en athlétisme. Il a toujours aimé ce sport, même si l’école l’a dispensé d’éducation physique pour lui permettre de couvrir les six kilomètres qui séparaient sa maison de l’école.

Par chance, en 2011, une ONG portugaise, Na Rota dos Povos, qui travaille en Guinée-Bissau au développement d’infrastructures dans le domaine de l’éducation, lance un projet intitulé« Education is the only way » (L’éducation est la seule solution). Sept filles et huit garçons de Catió sont sélectionnés pour faire leurs études pendant 3 ans au Portugal (POR). Braima est l’un d’entre eux.

Dans son pays d’accueil, il fréquente un lycée professionnel et, cette fois, comme il est interne, il peut participer à l’éducation physique. En 2014, il décroche son bac et décide de poursuivre des études en gestion. Il rejoint un club local, Bragança, pour pouvoir courir « sérieusement » simplement parce qu’il aime le sentiment qu’il éprouve en courant.

Il y a deux ans, il commence à s’entraîner sous la direction de José Regalo au Maia Atlético Clube. Son groupe d’entraînement, JR88, l’encourage alors à prendre part à une compétition. Avec ses chronos modestes, il n’imagine alors pas pouvoir concourir au niveau international. Toutefois, le destin en décide autrement. Il est le seul athlète de son pays engagé par sa Fédération pour les Mondiaux. Il accepte alors avec fierté de relever ce défi.

À ce moment-là, il est conscient que ses chances d’obtenir une médaille sont minces, ce qui ne le décourage pas pour autant. Braima ne décroche pas de médaille, mais les applaudissements qui s’élèvent des tribunes pour célébrer son acte de fair-play resteront gravés dans sa mémoire.

Pourquoi a-t-il aidé Busby, un athlète qu’il connaissait à peine ?

Il répond : « Parce que je sentais que nous avions le même objectif, celui de finir la course. Si cela m’était arrivé, quelqu’un d’autre aurait probablement fait de même. » Toujours est-il que ce qui a surpris Braima, c’est la réaction des gens.Pour lui, c’était naturel de réagir ainsi. Dès lors, il est devenu l’un des héros inattendus de ces Championnats.

La veille de son départ pour le Portugal, Braima a déclaré que ce qu’il retient de son expérience à Doha, c’est d’avoir gagné, en la personne de Busby, un ami pour la vie. Il a également été beaucoup touché par l’hospitalité locale. Interrogé sur ce que le sport pourrait encore lui apporter, il répond : « Proposer aux athlètes davantage de solutions d’entraînement et nous donner plus d’occasions de montrer ce dont nous sommes capables. »

Dabo a exprimé sa gratitude envers toutes les personnes qui l’ont aidé à atteindre ce niveau et en particulier, envers sa fédération qui lui a donné l’opportunité de représenter son pays à Doha.

Dabo est l’incarnation même du « fair-play ». Quelle belle image de l’athlétisme pour les jeunes et pour tous qui ont regardé cette édition 2019 des Championnats du monde d’athlétisme.

  1. Braima Dabo a été nominé pour le prix du fair-play. Le vainqueur sera connu le 23 novembre lors du gala de l’IAAF à Monaco.

Entretien réalisé par Alice Annibali (IAAF)

Traduction du portugais vers l’anglais par Patricia De Freitas Rocha (IAAF)

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