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Gina Bass : le trésor de l’athlétisme en Gambie

Gina

Lorsque, le mois dernier, la sprinteuse gambienne Gina Bass a terminé sixième en finale du 200m aux Championnats du monde, elle n’a remporté aucune médaille. Elle a toutefois conquis la faveur d’un continent tout entier.

La veille, Bass avait également fait la une des journaux de son pays d’Afrique de l’Ouest en tant que première athlète gambienne à avoir atteint la finale d’une épreuve des Championnats du monde. D’ailleurs, avant même de courir la finale, elle avait déjà battu les records des 100m et 200m de Gambie.

Ces Championnats ont marqué la fin d’une excellente saison pour la sprinteuse qui avait remporté une médaille d’or aux Jeux africains à Rabat, au Maroc, et établi deux records nationaux.

Née le 5 mai 1995 à Toubacouta, arrondissement de la région de Fatick au Sénégal, Bass grandit avec sa sœur et ses deux frères. Son talent est remarqué très tôt dans les compétitions scolaires.

« J’ai commencé à courir quand j’étais à l’école primaire, où nous avions l’habitude de faire des championnats régionaux », a déclaré Bass. « J’ai continué à courir au collège et au lycée et c’est là qu’un des entraîneurs a décelé quelque chose chez moi et a commencé à me pousser jusqu’au niveau que j’ai aujourd’hui. »

À 15 ans, Bass atteint les minima pour se qualifier à l’édition 2010 des Jeux olympiques de la jeunesse à Singapour. Cependant, elle est trop jeune pour participer puisque les Jeux étaient accessibles aux athlètes nés entre le 1er janvier 1993 et le 31 décembre 1994.

« Le fait d’entendre que j’étais trop jeune ne m’a jamais découragée. Je n’ai jamais baissé les bras. »

En septembre 2011, elle participe aux Jeux de la jeunesse du Commonwealth de Douglas où elle manque la finale du 100m après avoir terminé cinquième en 12’’24 dans sa demi-finale. Elle signe alors sa meilleure performance de la saison. Plus tôt en juillet, elle n’était pas parvenue à passer les éliminatoires du 100m lors des Championnats du monde juniors de l’IAAF à Lille, en France.

Au cours des quatre années suivantes, Bass passe dans la catégorie senior sans enregistrer la moindre réalisation majeure, pas même lors des Jeux africains de 2015 où elle termine 13e du 100m et du 200m.

À cette époque, elle admire trois femmes qui conquièrent le monde du sprint : la Jamaïcaine Shelly-Ann Fraser-Pryce et les Ivoiriennes Murielle Ahoure et Marie-Josée Ta Lou.

C’est également à cette période qu’elle découvre que les personnes qui l’ont élevée n’étaient ni son père ni sa mère biologiques, mais des membres de sa famille qui étaient plus à l’aise financièrement.

L’année suivante à Durban lors des Championnats d’Afrique, elle participe au 100m et au 200m. Sur 100m, elle ne parvient pas à se qualifier pour la finale. Tout le monde pense alors qu’elle quittera la compétition sans la moindre médaille. Pourtant, trois jours après son revers en demi-finale du 100m, elle remporte la première médaille pour la Gambie lors d’une grande compétition internationale.

Elle établit alors un record national de 22’’92 au 200m, 11 centièmes derrière la gagnante Ta Lou, l’un de ses modèles. C’est aussi la première fois que la Gambie remporte une médaille aux Championnats d’Afrique.

« C’était excitant », a déclaré Bass. « J’étais sur un petit nuage et reconnaissante envers Dieu. »

Grâce à une bourse du Comité olympique et sportif gambien, Bass commence à s’entraîner au Centre d’entraînement de haut niveau de l’IAAF à Dakar aux côtés de Ta Lou.

À 21 ans, elle devient la première athlète gambienne chez les femmes à se qualifier pour les Jeux olympiques, même si elle n’a finalement jamais dépassé les séries à Rio en 2016.

S’ensuit une médaille d’or sur 100m et une d’argent sur 200m aux Jeux de la solidarité islamique à Bakou l’année suivante. Toutefois, aux Championnats du monde de Londres, elle ne se qualifie que pour le 200m et termine 31edes séries. Aux Jeux du Commonwealth de 2018, elle n’atteint que les demi-finales sur 100m et 200m. Cette même année, elle décroche la huitième place sur 100m aux Championnats d’Afrique à Asaba et, sur 200m, rate la médaille de bronze de 2 centièmes de seconde derrière la Ghanéenne Janet Amponsah.

En 2019, le Français Smail Alain commence à entraîner Bass à Dakar. Lorsque les Jeux africains s’ouvrent en août, elle est sur le point d’entrer dans l’histoire.

Sur 100m à Rabat, elle court en 11’’13 et signe un record de Gambie. C’est seulement quatre centièmes derrière la championne Ta Lou. Trois jours plus tard, elle fait encore mieux : elle remporte une victoire surprise en 22’’58 au 200 m, devance Ta Lou, et bat le record national qu’elle venait d’établir.

« J’ai aimé courir contre Ta Lou. C’était mon rêve de battre mon idole, mais je suis encore loin de son meilleur temps », a déclaré Bass.

Sa performance à Rabat lui a également permis de se qualifier pour les Championnats du monde de Doha sur 100m et sur 200m, une autre première pour son pays. Bass n’a pas passé la barre des demi-finales du 100m mais y est parvenue sur 200m.

« Je suis satisfaite de ma performance, mais c’était très difficile, car mon corps était fatigué après une longue saison », a-t-elle déclaré. « J’espère pouvoir me reposer et me préparer pour la saison prochaine et pour Tokyo 2020. »

Bass reste reconnaissante de l’amour et du soutien qu’elle a reçus des Gambiens qui la considèrent comme une héroïne. Elle a aussi des mots d’encouragement pour les autres jeunes athlètes qui la considèrent comme un modèle à suivre.

« Ce n’est pas facile, c’est une question d’entraînement. Si tu crois en toi, ne baisse jamais les bras. »

En attendant, ses ambitions vont au-delà des prochains Jeux olympiques.

« Mes plans pour l’avenir sont de continuer mes études. Je veux aussi battre le record du monde du 200m. »

Helen Ngoh pour l’IAAF

(©Getty Images)