flag france

Français flag england Anglais

Les Centres de développement de l’athlétisme de la CAA : dix-huit mois après

AthletesAADC

Depuis un an et demi, la Confédération africaine d’athlétisme possède et gère sept centres pour former des athlètes, des entraîneurs et des officiels. Ces structures, connues sous le nom de Centres africains de développement de l’athlétisme, sont présentes sur tout le Continent et sont la concrétisation d’une volonté de développer les talents africains sur le terrain.

« Il était nécessaire d’entraîner les athlètes africains sur place », a déclaré M. Hamad Kalkaba Malboum, Président de la CAA.

« Pour éviter que nos athlètes ne se rendent à l’étranger pour s’entraîner, nous avons pensé établir des centres sur le territoire africain et diriger ces athlètes vers de telles structures ».

Dès lors a suivi un processus de planification pendant plusieurs années.

« Ces Centres africains de développement de l’athlétisme sont le résultat d’une stratégie de développement menée pendant dix ans par la CAA » a déclaré M. Aziz Daouda, Directeur technique et du développement de la CAA. « Ils constituent les piliers de la politique de développement de la Confédération ».

Les centres actuels sont issus de la réhabilitation des anciens Centres d’entraînement de haut niveau en Afrique appartenant à l’IAAF. Auparavant, des structures distinctes assuraient la formation des athlètes ou des officiels.

LancerPoids

At the African Athletics Development Centre in Cairo (CAA) © Copyright

Aujourd’hui, la démarcation disparaît et la mission des centres est redéfinie. Ces centres assurent aussi bien « la formation des entraîneurs et des officiels que l’entraînement des athlètes », précise Daouda.

Les Centres africains de développement de l’athlétisme (CADA) viennent combler un manque dans le domaine du perfectionnement des athlètes en Afrique.

« Il existe deux façons dans le monde de préparer les athlètes », déclare Daouda. « Il y a le système américain basé sur les universités avec de gros moyens et une capacité d’entraîner les athlètes au plus haut niveau. Puis il y a le système européen basé sur les clubs qui peuvent aussi entraîner les athlètes de très haut niveau.  

« Aucun de ces deux systèmes n’existe en Afrique. C’est ainsi qu’est née l’idée d’un troisième, le système des centres, qui fut d’abord implanté au Maroc dans les années 80, avec les résultats que l’on connaît ».

Ces centres existaient déjà depuis des années pour permettre aux athlètes africains de s’entraîner car ces derniers étaient désavantagés. En effet, ils ne bénéficiaient d’aucun système spécialement conçu pour le développement de leurs talents. Entre-temps, au cours de ces dernières années, l’IAAF a mis en place une politique de décentralisation, sous la tutelle du Président Sebastian Coe. En réponse à la démarche de décentralisation de l’IAAF, la CAA a repensé le concept des Centres d’entraînement de haut niveau et des Centres régionaux de développement pour l’adapter aux réalités du continent africain.

Selon Daouda, « les centres sont là pour permettre aux athlètes sélectionnés de bénéficier d’une infrastructure adaptée, d’un haut niveau de supervision et d’un suivi médical régulier ».

Un centre pour chaque région

Les CADA desservent des régions diverses et couvrent différentes langues.

Le Centre de Port Harcourt au Nigéria se spécialise dans les courses de fond et de demi‑fond, le saut de haies, les sauts et les lancers. Il est situé au sein de l’Institut des sports de l’Université de Port Harcourt, avec une infrastructure spécifique à ces disciplines. Il dispose aussi d’installations d’entraînement en salle et d’un gymnase bien équipé pour la musculation et la préparation physique.

Le Sénégal héberge le Centre de Dakar, qui est le fruit de la fusion de l’ancien Centre régional de développement et du Centre d’entraînement de haut niveau. Il est au service de 25 fédérations, dont celles de l’Afrique francophone ainsi que celles de l’Angola, la Guinée équatoriale, le Cap-Vert, Sao Tomé-et-Principe et la Guinée-Bissau.

Le centre forme les entraîneurs, les officiels et les cadres ainsi que les athlètes de haut niveau. Situé dans le stade Léopold Sédar Senghor, il est doté d’une piste synthétique, d’installations pour les sauts et les lancers, et d’une salle de musculation.

AADC DAKAR

At the CAA African Athletics Development Centre in Dakar (CAA) © Copyright

Le Centre du Caire en Égypte dessert 18 pays arabophones en Afrique et en Asie. Il assure la formation des entraîneurs, des officiels et des athlètes dans les épreuves de lancer. Le centre dispose de deux pistes synthétiques de 400 m dans le stade et d’une salle de musculation.

À Nairobi, le Centre est situé dans le Stade international Moi à Kasarani et accueille les athlètes des pays africains anglophones.

Les athlètes ayant des ambitions dans les épreuves combinées peuvent s’entraîner au CADA de l’île Maurice. Il existe d’autres centres à Lomé au Togo et à Lusaka en Zambie. Un huitième centre à destination de l’Afrique lusophone est actuellement en gestation. Il pourrait être implanté au Cap-Vert ou au Mozambique.

La voie du succès semée d’embûches

Certains des plus grands noms de l’athlétisme africain sont issus des CADA, que ce soit dans leur ancienne ou nouvelle forme. La Sénégalaise Amy Mbaké Thiam, championne du monde du 400m en 2000, et Marie-Josée Ta Lou, championne africaine en titre du 100m et du 200m, furent toutes les deux formées dans les anciens CRD et CEHN.

« L’un des grands espoirs du monde du sprint d’aujourd’hui n’est autre que Gina Bass qui s’entraîne dans le Centre de Dakar », déclare Daouda. « Nous avons obtenu des résultats extraordinaires aux Jeux africains, à Rabat, et aux Championnats du monde, à Doha ».

Des athlètes issus des CADA ont remporté un total de 20 médailles aux Jeux africains de 2019 : 9 médailles d’or, 6 d’argent et 4 de bronze.

Toutefois, ces centres ont dû surmonter des difficultés pour obtenir de tels résultats. Les plus grands défis auxquels sont confrontés les CADA sont d’ordre financier.

« La plus grande difficulté à laquelle nos centres doivent faire face aujourd’hui est certainement le niveau de moyens à leur disposition », dit Daouda. Il explique que l’une des mesures pour y faire face est de réduire les coûts liés à l’entraînement.

« Afin de rendre ces centres encore plus efficaces, il est nécessaire d’augmenter le nombre d’athlètes qui s’entraînent en vue d’une performance accrue. Il faut également réaliser des économies d’échelle sur exploitation ».

« C’est pourquoi, par exemple, nous avons mis en place des unités expérimentales d’entraînement dans certains centres. Selon ce système, les athlètes ne sont pas internes au centre, mais ils bénéficient d’un encadrement, d’une infrastructure et d’une aide à une meilleure alimentation ».

« Ce système fonctionne plutôt bien. Ces unités ont été créées à Dakar, au Caire, à l’île Maurice et à Nairobi. Ce type d’unités sera déployé dans d’autres centres et d’autres régions dans un proche avenir ».

Les responsables de la CAA ont l’intention de continuer d'œuvrer à l’amélioration de la formation sur le Continent pour ses meilleurs talents.

« L’objectif de tout ce que nous entreprenons actuellement est de donner aux athlètes africains la satisfaction de s’entraîner en Afrique », dit M. Kalkaba « afin de continuer à remporter des titres hors du Continent ».

Helen Ngoh pour World Athletics