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L’essor des courses sur route en Afrique

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Au mois de mai dernier, le président zambien Edgar Chagwa Lungu et son épouse Esther ont assisté à un événement réunissant plusieurs centaines de personnes rue Sadzu à Lusaka, capitale de la Zambie. Il s’agissait du Marathon annuel Lafarge.

Depuis quelques années, cet événement réunit des centaines de coureurs de toute la Zambie et d’autres pays. Ces coureurs y prennent part pour de multiples raisons : certains sont des athlètes de compétition mais la plupart est tout simplement intéressée par l’expérience de la course.

« En 2012 est née l’idée d’une course sur route en partenariat avec Lafarge, une cimenterie française », explique Elias Mpondela, Président de la Fédération zambienne d’athlétisme. 

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L’événement comprend un marathon, un semi-marathon, un 10km et une marche de santé de 5 km, autant de courses qui permettent de réunir des fonds au profit de plusieurs organismes de bienfaisance en Zambie, dont Chilanga Mother of Mercy Hospice.

 

La croissance phénoménale du nombre de courses

 

Depuis sa création il y a sept ans, le Marathon de Lusaka est devenu très populaire en Zambie.

 

« En 2012, quand tout a commencé, il y avait à peine 300 coureurs », a déclaré Mpondela. « En mai 2019, nous en avions plus de 3 000. Cette année, la présence à l’événement du Président Lungu et de la Première dame a été un véritable coup de pouce. »

 

Le gain de popularité du marathon reflète une recrudescence des courses sur route dans le monde en général et en Afrique en particulier.

 

« En Afrique, on assiste à une augmentation phénoménale du nombre de courses », déclare Norrie Williamson qui possède une vaste expérience dans ce sport depuis plus de trois décennies. En plus de ses responsabilités en tant qu’entraîneur, Williamson est consultant technique pour de nombreuses courses dans le monde entier et en Afrique.

 

« Des courses déjà existantes comme celle de Lafarge en Zambie se sont développées à un rythme considérable au point où d’autres courses commencent à être organisées. Ils envisagent d’organiser quelques marathons supplémentaires. Au vu de la taille considérable de Lusaka et de la population zambienne, c’est énorme. »

 

Bon nombre de ces événements à travers le continent sont certifiés par l’IAAF. Certains sont si importants qu’ils ont obtenu un label. C’est le cas de l’Okpekpe International Road Race au Nigeria, une course sur route labellisée argent qui se déroule dans la petite ville d’un peu plus de trois mille habitants d’Okpekpe à environ cinq heures de la capitale Abuja. Et pourtant, la course est dotée d’une enveloppe attrayante de 20 000 dollars américains pour les primes de compétition. Elle attire les meilleurs compétiteurs et ouvre aux habitants une fenêtre sur le monde de l’athlétisme.

 

« Cette course permet aux locaux de concourir contre les meilleurs athlètes au monde », a déclaré Williamson.

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En Afrique du Nord, les Marocains organisent plus d’une douzaine de courses sur route dans plusieurs villes, parmi lesquelles la « Course féminine » à l’initiative de Nawal El Moutawakel, médaillée d’or olympique du 400 m haies féminin en 1984. 

 

« J’ai lancé cette compétition pour mettre en avant l’esprit, le pouvoir et la solidarité des femmes qui pratiquent le sport », explique Nawal El Moutawakel, membre du Conseil de l’IAAF. « Je souhaitais leur donner l’occasion pendant une journée de pratiquer le sport librement ensemble. Cette course était l’occasion idéale de le faire ». 

 

Cette initiative fut tout d’abord une course sur 5 km avec moins de 2 000 participantes en 1993. En 2008, plus de 30 000 femmes et filles âgées de 15 à 75 ans participaient à la course sur 10km.

 

Baptisée « Courir pour le Plaisir », cette course est organisée annuellement à Casablanca. Les femmes peuvent courir ou tout simplement faire du jogging. Les participantes sont originaires du Maroc mais la course attire également l’élite de pays d’Afrique tels que le Kenya, l’Éthiopie, la Tanzanie, l’Afrique du Sud, l’Égypte, mais aussi des participantes provenant d’Europe et des États-Unis. Cette course est devenue l’une des plus importantes pour les filles et les femmes en Afrique et dans le monde arabo-musulman.

 

« Cette course est l’exemple même que les femmes peuvent prendre leurs propres décisions en matière de modes de vie sains. Elle démontre qu’il existe une communauté de femmes qui ne craint pas de prendre une telle décision. Je pense que cela donne aux filles et aux femmes du monde entier le courage de se lever et de se faire entendre », a déclaré El Moutawakel.

 

Les courses se sont multipliées sur tout le continent, même dans des pays comme le Gabon, le Nigéria et le Ghana qui n’ont pas une tradition de course de fond.

 

En Côte d’Ivoire, l’édition 2018 du marathon d’Abidjan a réuni 15 000 coureurs dès la quatrième édition avec, à la clé, une dotation en primes d’un montant global de quelque 2 millions de francs CFA soit environ 3 300 dollars. Ce marathon a attiré des coureurs de quinze pays.

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Pour la 5e édition, les organisateurs espèrent réunir environ 20 000 coureurs pour ce marathon qui se déroule sur les rives de la lagune d’Ébrié. Ils ont également alloué une cagnotte de 10 millions de francs CFA (soit 17 000 dollars) pour les primes de compétition.

 

Chaque année, des milliers de courses sont organisées sur le continent africain. Selon Williamson, l’Afrique du Sud est l’un des pays qui en compte le plus et offre la meilleure organisation.

 

« C’est en Afrique du Sud que les choses sont les plus structurées. En 2017 et 2018, il y a eu quelque 1 400 courses dans le pays, dont une grande partie consacrée au marathon. »

 

Les deux plus grandes épreuves sur route d’Afrique du Sud sont des courses d’ultra-fond : le Marathon des camarades, qui se déroule entre Durban et Pietermaritzburg, avec 25 000 coureurs en 2019, et le Marathon des deux océans qui a lieu au Cap.

 

Coureurs non professionnels

 

Les athlètes de compétition recherchent ces courses sur route, en particulier celles dont la prime est élevée. Toutefois, la plus grande croissance concerne les coureurs récréatifs à l’instar de Kafula Mwiche, 51 ans, et son épouse en Zambie.

 

« J’ai couru le marathon [Lafarge] au cours des quatre dernières années, depuis que je suis devenu coureur de fond », a déclaré Mwiche. « J’apprécie la solitude et les bienfaits de la course pour la santé. Je cours avec ma femme, ça nous donne du temps pour nous, car nous avons tous les deux une vie professionnelle chargée. »

 

Mwiche fait partie d’un club de course à pied dont les membres participent à des courses sur route en Afrique et au-delà. En plus du semi-marathon Lafarge de Lusaka, il a participé à d’autres courses, dont le Marathon du Cap ainsi que les ultramarathons des deux océans et des camarades en Afrique du Sud.

 

Âgé de 51 ans, il fait partie d’un groupe de plus en plus important qui a contribué à l’essor des courses sur route en Afrique.

 

« C’est une bulle de croissance vers un retour au terrain », explique l’entraîneur Williamson. « Les gens participeront une ou deux fois à un événement, puis iront en chercher un autre, un défi supplémentaire. Nous constatons donc une croissance dans les domaines des loisirs, de la santé et des activités sociales plutôt que dans celui de la compétition. Ce n’est pas près de s’arrêter. » 

 

« Ce que les gens en retirent en fin de compte, c’est le sentiment d’accomplir quelque chose et c’est souvent quelque chose qu’ils peuvent ensuite utiliser dans d’autres aspects de leur quotidien. »

 

Mwiche, qui a terminé toutes les courses auxquelles il a participé, confirme la vision de Williamson sur les bienfaits de la course en loisir.

 

« C’est une expérience inestimable et sans pareille. La préparation et l’exécution vous enseignent la discipline, qui est applicable dans tous les domaines de la vie. Cette expérience nous apprend à nous concentrer et à atteindre nos objectifs. »

 

Miser aussi sur les coureurs d’élite

 

Les Africains ont longtemps dominé les marathons, depuis la course pieds nus d’Abebe Bikila récompensé d’une médaille d’or aux Jeux olympiques de Rome en 1960. Depuis, de nombreux athlètes ont suivi ses traces, conquérant non seulement les Jeux olympiques, mais aussi d’autres grandes courses sur route dans le monde entier.

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De nos jours, des coureurs tels que Eliud Kipchoge et Bridget Kosgei font les gros titres. L’intérêt croissant de l’Afrique pour les courses de masse a sûrement quelque chose à voir avec ces athlètes d’élite qui accomplissent de grandes choses à l’échelle mondiale. Les milliers de Kenyans qui se sont rassemblés le 12 octobre dans les rues de d’Eldoret, la ville natale d’Eliud Kipchoge, pour le voir courir 42 km en moins de deux heures, sont un signe qui ne trompe pas. Les Africains du monde entier ont montré sur les réseaux sociaux qu’ils s’identifiaient à ses performances.

 

Il en fut de même lorsque, à Chicago, le lendemain, Kosgei a battu le record du monde du marathon féminin. Elle a couru en 2h14’04’’, pulvérisant ainsi le record précédent de 3 minutes et 14 secondes qui tenait depuis 16 ans.

 

Le succès de ces athlètes connaît un retentissement dans le monde entier et inspire souvent d’autres athlètes du même milieu à essayer de faire de même. Ils chercheront ces courses sur le continent et feront de leur mieux pour les gagner.

 

« Au Kenya, en Éthiopie et dans d’autres grands pays d’athlétisme et de course à pied, les gens utilisent le sport pour s’en sortir. Ils mettent à profit leur talent pour améliorer leur vie et leur style de vie », explique Williamson.

 

Ambassadeurs de l’athlétisme

 

Les courses sur route agissent maintenant comme le fer de lance de l’athlétisme en Afrique, surtout dans les régions où le sport est en difficulté. Ceci a été le cas en Zambie. En effet, les organisateurs du Marathon Lafarge de Lusaka s’accordent à dire que la course a conféré une plus grande visibilité à la Fédération zambienne d’athlétisme et ses autres compétitions.

 

« Cela nous a aidés à devenir plus créatifs, à collecter des fonds et à ne pas compter uniquement sur le soutien du gouvernement et d’autres donateurs », a déclaré Mpondela, qui a de grandes ambitions pour cette course.

 

« Nous voulons faire en sorte que ce marathon soit aussi grand que le marathon de Londres et que des coureurs de haut niveau viennent y concourir. »

 

Une situation similaire s’est produite au Nigéria, où le 10km d’Okpekpe offre aux locaux une place en première ligne à la Ligue de diamant. « Les gens peuvent regarder la Ligue de diamant de Shanghai après la course. Résultat : un petit village d’environ 3 000 personnes s’ouvre à l’athlétisme. C’est un concept de développement époustouflant » affirme Williamson.

 

Parallèlement, les courses se multiplient sur tout le continent. Selon Williamson, cette tendance ne s’arrêtera pas de sitôt.

 

« Le sport va continuer de se développer. C’est très excitant et si loin d’où nous étions il y a 10 ou 20 ans. »

 

Helen Ngoh pour World Athletics